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Encore un jour sans massacre

Journal d'une ordure

Artus, le narrateur d'Encore un jour sans massacre, est un garçon insensible, cruel, prétentieux. Mais au cours de ce bref récit, on n'a pas une seule fois envie de l'abandonner. Un exploit pour ce premier roman signé à 20 ans par Théo Diricq !

Parions que Théo Diricq a lu L'attrape-coeurs, roman culte des années 50. Parions qu'il a adoré le personnage d'Holden, adolescent qui prétend se moquer de tout pour cacher ses déceptions, son sentiment de décalage vis-à-vis de son entourage. Le narrateur de Encore un jour sans massacre ressemble beaucoup au héros de J. D. Salinger, dans une version contemporaine, française, et surtout sans aucun tabou.

Artus Général entre en seconde lorsqu'il commence à se confier au lecteur, par le biais d'un journal intime. L'air arrogant, antipathique, il est ce genre de garçon auquel, dans une classe, personne n'a envie de parler. Pas étonnant qu'il n'ait qu'un ami... avec lequel il parvient à se brouiller la veille de la rentrée.

Rien ni personne ne trouve grâce aux yeux d'Artus. Le jour de son anniversaire, par exemple : "Ça fait seize ans que le calvaire a commencé. Toute ma famille a pensé à moi. Aucun n'a oublié. Ils sont écoeurants de gentillesse. C'est pourtant pas faute d'avoir oublié leurs anniversaires respectifs. Mais ces gens là n'ont aucun scrupule à me mettre mal à l'aise." Il aime provoquer, blesser. N'hésite pas à faire croire à untel de la classe qu'il plaît à unetelle comme dans un épisode des Feux de l'amour, conscient de sa méchanceté...

Qu'y a t-il donc à sauver dans cette ordure de garçon ? Son sens de l'humour, souvent involontaire – menacer un prêtre de tabasser un scout si Dieu ne satisfait pas ses souhaits, on y pensera –, ses réflexions extrêmes mais pertinentes. Et tout au fond de lui, l'ombre d'une sensibilité.

N'attendez pas qu'il se produise un événement extraordinaire au cours du roman; la vie d'Artus est tout ce qu'il y a de plus "normale". Mais c'est le regard qu'il pose sur elle qui la rend hors du commun. Comment parvient-il à se lever le matin, alors que tout le déçoit ? Seule Lola, nouvelle élève au lycée, trouve grâce à ses yeux. Belle et différente, ce qui plaît à Artus ("Elle est même parfois capable d'être drôle. Surtout quand elle déblatère sur Alizé, coupable d'être trop peu vertueuse."), elle persiste à voir en lui de bons côtés. Elle l'aime, il l'aime, mais vu le caractère d'Artus, les choses se compliquent vite...

Pour ce premier roman, Théo Diricq (22 ans aujourd'hui) à marquer les esprits, en particulier grâce aux dernières lignes, où il pousse le plus loin possible la révolte d'Artus. Crise d'adolescence, pas du tout. Etat de crise complet, plutôt...

dernière mise à jour : 30 juillet 2010
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