Qui a dit que les parents devaient être plus responsables que leurs enfants ? La mère d'Henry, elle, se fiche bien des principes éducatifs lorsqu'elle accueille sous son toit un évadé de prison. En quatre jours, il va s'en passer plus dans la vie des trois personnages qu'en dix ans d'ennui. Tout en se plaçant du point de vue de l'adolescent, Joyce Maynard donne une voix crédible et touchante aux jeunes et aux moins jeunes, pour un roman ni tout à fait sentimental, ni désabusé.
L’intrigue de Long week-end tient en quelques lignes : un adolescent dont les parents ont divorcé vit en tête-à-tête avec sa mère, isolée du monde. Pendant quatre jours, ils abritent chez eux Frank, un criminel en fuite, dont l’arrivée bouleverse leurs existences. Les trois individus vivent un week-end enchanté, ponctué de nouvelles expériences et de révélations.
Cela suffit-il à faire un roman ? Oui, car l’auteure, Joyce Maynard, concentre en un week-end une succession d'événements. Les changements se produisent en accéléré, tout en baignant dans une impression de ralenti, de lenteur. Du jour au lendemain, Henry, dont la mère s’est coupée de la société ces dix dernières années, trouve un nouvel interlocuteur en la personne de Frank. Frank est le père idéal : doué en baseball et en cuisine, il a tôt fait de plaire à Henry… et à Adele. Sa condamnation pour homicide n’arrête en rien leurs élans d’affection. Car finalement, la mère et le fils se sentent aussi marginaux que le criminel. Le monde extérieur, le regard des autres, ce n’est pas leur truc.
A l’extérieur de la bulle, Henry a tout de même un père. La seule personne qu’Adele ait aimée, à tel point qu’elle ne s’est jamais remise de son départ. « Parfois je me demandais si le problème n’était pas qu’elle avait trop aimé mon père. J’avais entendu parler de cas de personnes qui ne se remettaient jamais de la mort ou du départ de quelqu’un qu’ils avaient trop aimé. On disait qu’ils avaient le cœur brisé. » Henry a trente ans au moment où il raconte l’épisode, son récit est donc empreint à la fois de candeur et de maturité. Le regard que le narrateur porte sur sa mère est singulier. Il la perçoit parfois comme un adulte, à d’autres moments en tant qu’adolescent égoïste et révolté. Joyce Maynard réussit très bien cet entre-deux, qui éloigne le récit des banals romans d’adolescence.
Autre originalité : la personnalité d’Adele, bien sûr. Ancienne danseuse aux rêves déçus, elle reste une idéaliste, prête à aimer avec la ferveur d’une jeune fille. Sa phobie des « mères et des bébés » – on en comprendra le motif au cours d’un témoignage très émouvant - l’empêche de sortir, même pour travailler. Le genre de caractères sur lesquels la société aime coller une étiquette. « Deux ans environ après le divorce, au cours de l’un de nos dîners du samedi soir, mon père m’a demandé si je croyais que ma mère devenait folle. (…) Non, elle est timide, c’est tout, ai-je répondu à mon père. Sa musique l’occupe beaucoup. » En quelques heures, elle, pourtant si méfiante envers les étrangers, cède aux charmes de Frank, sans arrière-pensée. Un personnage aussi blessé et passionné qu’Adele ne s’oublie pas.
Long week-end est un livre qui ne laisse pas tomber ses personnages et n’a pas peur, pour cela, de leur inventer des destinées extraordinaires. Il faut juste qu'ils sachent saisir les occasions.
Madeleine Bourgois
| Top Livres | Top Ecrivains | Top Vidéos |