Le premier roman d'un jeune écrivain relève toujours du défi. Surtout lorsque l'écrivain s'appelle Edgar Sekloka, qu'il vient du milieu du slam, et qu'il lui faut imposer une littérature nouvelle, rythmée, engagée, différente.
Coffee retrace la vie, en quatorze chapitres, de la vie d'un "nègre blanc", un bourgeois déraciné, qui ne peut trouver de véritable place.
Natif d'Afrique, fils d'une mère alcoolique et d'un père adultère – autant dire de parents absents – Koffi n'apprend pas la vie avec l'insouciance habituelle des enfants de son âge. "A onze ans, il lisait des polars et portait des vêtements trop grands pour lui'. Le garçon s'endurcit dans sa solitude et dans ce violent rejet du monde extérieur.
Au fil des chapitres, Koffi devient un ado, puis un adulte, puis un homme mûr, jusqu'à ses soixante ans, des étapes qui, comme le dit Malraux dans une citation placée au début du roman, sont nécessaires "pour faire un homme". Pendant ces années qui passent, le héros accueille naturellement une amitié naissante, puis la découverte de l'amour. Sauf que rien n'est aussi simple dans la vie de cet homme énigmatique qui a travaillé toute sa vie à rester distant, intouchable. Contre les joies de la vie se dressent aussi la mort, la fin de l'amitié, les désillusions de l'amour.
A la fin de sa vie, Koffi est toujours un homme taciturne, qui parle peu et s'apprête à enterrer définitivement son secret de famille. Il évoque tout juste un souvenir cruel, en forme de remontrance : "Tu sais, Jonas, je servais du café à ma mère quand j'étais petit parce que je pensais que c'était une boisson pour les grands. Maintenant que tu es grand et chômeur, tu veux peut-être que je te serve un café?".
Avec son style tranchant, et une narration originale, Sekloka apporte bien ce souffle nouveau à l'écriture. Ce souffle urbain, dynamique, que cherche justement à célébrer la collection Exprim' des éditions Sarbacane. Exprim' ne publie que des jeunes auteurs, dont les histoires sont celles de la réalité, aussi difficile soient-elles (immigration, délinquance, pauvreté)…
Avec Coffee, Sekloka symbolise parfaitement cette nouvelle sensibilité littéraire. D'ailleurs, le roman ne porte que trop bien son nom. Comme le café, il est sombre, brûlant et amer. Et surtout, il contient cet ingrédient capable de réveiller les esprits...
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